Canton, la grande métropole du Sud de la Chine nous accueille à la fin de notre parcours dans la nouvelle, « nouvelle Chine ». Nous y sommes accueillis très agréablement à l’université des langues étrangères qui nous loge sur le campus, dans le « bâtiment des experts » où résident les profs étrangers. Le campus, bien entretenu, quoique toujours en travaux, bénéficie de la végétation sub-tropicale au Nord-Ouest de Canton.
Nous y connaissons une de mes (Jean-Paul) anciennes élèves, jeune professeur en stage à Pékin dans les années 70, devenue depuis doyen de la section de français et qui, courageusement, fait sa thèse en France à 50 ans. Comme à Pékin, la section de Français a triplé ses effectifs et nous y avons rencontré les étudiants attentifs et perspicaces, insatiables sur le sujet que j’avais choisi après le Forum de Nansha : « l’Europe aujourd’hui ». Et pourquoi la France a voté non ? Que fait l’Europe pour la diversité des langues et des cultures ? Que pensez-vous de l’affaire des quotas textiles ? Quelle est la position exacte de l’Europe à propos de l’embargo des ventes d’armes à la Chine ? etc. Le soir, on nous a invités à dire quelques mots à chacune des trois classes de débutants qui avaient tout juste commencé d’apprendre le français après trois semaines de préparation militaire. Le but était de les conforter dans leurs premiers pas en répondant à quelques questions mais aussi de valoriser les élèves de seconde année chargés de leur intégration et qui nous servaient d’interprètes : « On a choisi d’étudier le français car ceux-ci sont romantiques, est-ce vrai ? Quels changements vous plaisent ou vous déplaisent depuis votre séjour d’il y a 25 ans ? Que pensez-vous de la démocratie en Chine ? etc… »
Les étudiants étudient, le jour, bien sûr mais aussi après la tombée de la nuit (vers 18h 30) après le repas du soir, où, la douceur de la soirée aidant (23° après les 32° de la journée) nous les trouvons ânonnant leur anglais à la lueur des lampadaires, révisant leur cours dans les salles de classes, suivant des cours du soir pour des étudiants travailleurs….Le campus est au travail nuit et jour, et c’est peu de le dire !
Les installations sont également d’excellent niveau et la bibliothèque ferait pâlir d’envie les B.U. françaises, le fonds de français, par contre, était un peu maigre…
On y voit au passage l’utilisation encore fréquente dans le Sud de la Chine du bambou pour les échafaudages : résistant, pas cher, écolo ! (Si les voitures en Chine avaient pu suivre cette philosophie, les grandes villes n’en seraient pas à ce degré de pollution !).
Hors du campus, les étudiants peuvent fréquenter des cyber-cafés (au moins 250 ordinateurs dans une salle sombre, chaque machine louée 60 centimes d’euro de l’heure sans autres formalités qu’une caution de cinq euros. (Mais ils préfèrent se raccorder à Internet en commun à une ligne ADSL achetée à China Télécom et installée dans leur chambrée pour 8 euros chacun à l’année). En ce moment, les autorités ont décidé de mettre un tour de vis à ce média qu’elles ne contrôlent pas autant qu’elles voudraient.
Hormis dans leurs cantines, les étudiants peuvent, de temps à autre, s’adonner à la passion commune des Chinois et particulièrement des Cantonais fiers de leur cuisine savoureuse dans les restaurants avoisinant le campus : nous y avons dégusté huîtres chaudes, poulet cantonnais au gingembre, crevettes et légumes sautés… Quelle différence avec l’austérité d’il y a 25 ans où les Chinois étaient plus élancés qu’aujourd’hui !
Leur logement, comme à Pékin s’est aussi amélioré. Voici les nouveaux logements des garçons (ils seront à 4 par chambres au lieu de 6 ou 7 aujourd’hui),
Logements assez éloignés des chambres des étudiantes…
Cet éloignement n’implique plus une austérité de mœurs hors de question aujourd’hui (on trouve même des sex-shop en ville). Les professeurs ont aussi des logements plus spacieux en immeubles collectifs, mais ils doivent maintenant acheter leur logement dans ces ensembles.
Certains peuvent aussi acheter, beaucoup plus cher, les anciennes villas des professeurs plus âgés lorsqu’ils deviennent vacants.
Près de notre studio, un groupe scolaire du campus : du jardin d’enfant au lycée, où la gymnastique collective en musique rythmée par un « un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit) rappelle « le bon vieux temps » ! Après l’exercice, retour en classe en marchant au pas sous la direction, ce jour là, du plus petit des élèves….rires goguenards alors que la prof gronde pour maintenir la discipline !
A part les quartiers neufs, aussi peu attirants qu’ailleurs avec leurs autoroutes urbaines encombrées, Canton c’est aussi des résidences illustres, le mausolée de Sun Yat Sen, le fondateur de la république de 1911, des temples, une ancienne école du clan Chen, aujourd’hui musée des arts et traditions populaires, au style baroque.
Un autre jardin contemporain, très soigné, inclus dans le grand « parc des nuages blancs » ; des hauteurs, on contemple la ville….Aux abords, un groupe de visiteurs se détend après la visite : pique-nique et parties de cartes !
Au Temple des six banians, c’est le Bouddha qu’on vénère. Une superbe pagode domine la ville. Un bonze vous réservera une place auprès de vos ancêtres en effigie (contre une petite somme pour les œuvres…).
L’église catholique de l’île de Shameen est nettement moins fréquentée : une seule paroissienne récitant son chapelet et une messe par jour très tôt le matin. L’église est dédiée à Lourdes et la petite Bernadette prie sagement dans sa grotte.
Cette île, à l’origine du développement commercial de Canton, garde un certain charme : agréable parc à banians auprès de bâtiments coloniaux bien entretenus auprès de la Rivière des perles.
A deux pas de là, le grand marché aux médicaments traditionnels, avec ses légendaires plantes médicinales, ginseng, cornes et tendons de cerfs, pattes de tigres (fausses bien entendu), grenouilles séchées….
La grande rue commerçante de Canton a gardé ses boutiques à étage, animation garantie …On y a acheté pour Charmille des masques dans la plus petite boutique multiservice du secteur : un m² avec logement accessible par l’échelle derrière le vendeur qui a son studio de 20 m² au dessus.
Et le dernier soir, croisière romantique sur la Rivière des perles….
Nous voici rentrés à Carrières avec, la Chine toujours présente, notre ami Wang Bing Dong de passage à la maison pour quelques jours ! Il a tout arrangé pour notre séjour à Pékin avec notre ancienne interprète et amie Li Feng qui a mobilisé son réseau pour que nous puissions être accueillis dans les universités de Shanghaï et Canton.
A tous les deux, comme à tous nos autres amis anciens jeunes profs maintenant confirmés ou déjà en retraite comme nous, nous adressons nos plus sincères remerciements pour l’accueil exceptionnel, les attentions, les aides de toutes sortes qu’ils nous ont prodigués.
En voici quelques uns lors d’une visite aux Collines parfumées il y a 25 ans !
Nous avons étés marqués par cette période de notre vie où nous avons pu travailler à faire connaître notre culture à des étudiants avides de connaître la France, avec nos enfants câlinés avec tendresse par leurs « Ayi et shoushou ».
Nos anciens collègues vivent maintenant dans un pays qui bouge à grande vitesse, ils y ont une nouvelle position, plus enviable à bien des égards, d’autres préoccupations et soucis, mais ils sont restés toujours aussi cultivés, enjoués, prévenants, et ç’est comme ça qu’on les aime !
S’ils viennent à Paris nous essaierons d’être aussi accueillants !
Au revoir à tous ceux qui nous ont suivis sur le blog et, comme je l'ai écris, faute de meilleure inspiration, au calligraphe de Shanghaï qui voulait célébrer l'entente internationale :
« Vive l’amitié Franco-Chinoise » !
中法友谊万岁!
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